La marque actuelle du Cru, « Château Le Crock », est le résultat de l’évolution du nom de la marque originelle, donnée, vers 1830, par la Veuve Merman : « Cru de Croc » ou « de Crock ». Cependant, dix ans plus tard, la marque se transforme en « au Crock » pour devenir « Le Crock » dans le premier Féret en 1850. La mention « Château » ne précèdera systématiquement le nom du Cru qu’à partir des années 1880. Ce nom très particulier, de Crock ou Croc, mérite que l’on s’attache à proposer diverses étymologies possibles.
Deux directions se présentent à nous : « Croc » signifie corbeau en patois médocain comme en gascon et « Crock » est une déformation à l’anglaise de croc. A Saint-Estèphe, aujourd’hui, l’on appelle « Marais du Crock » cette ouverture en forme de cul de sac, ou de crochet, qui s’ouvre au nord du Marais de Lafite et que le Château du Crock domine. La forme particulière de ce marais, qui ne débouche sur aucun cours d’eau permettant de remonter dans les terres, aurait donné son nom au lieu. Croc aurait par conséquent une origine très ancienne et serait issu d’un toponyme.
En France, croc est un mot courant dès le XIIe siècle. Il désigne un grappin pour suspendre, une perche munie d’un grappin, ou les canines des grands mammifères. Ultérieurement, par dérivation, « crochet », mais aussi « croquet », naîtront à partir de cette racine. Au début du XIXe siècle, ce jeu d’origine française, appelé primitivement le « jeu de croc », sera le premier jeu de plein air de l’aristocratie britannique, ancêtre du Cricket comme du Golf.
La consonance anglo-saxonne de Crock s’expliquerait ainsi par la mode anglophile du moment, surtout que les Merman étaient des proches des Lawton et de leurs alliés, comme les Johnston ou les Barton. De plus, l’apparition de la marque de « Cru de Croc » ou « de Crock » est strictement contemporaine de la vogue du croquet. Celle-ci débute en Angleterre au milieu du règne de Louis Philippe, en 1838, exactement. Le jeu de croc est alors devenu le croquet par imitation de la consonance anglo-saxonne « crocket ».
La famille Merman aurait ainsi conservé le toponyme originel de croc en le faisant dériver vers un nom de marque plus percutant : Crock. Ce mot devait bien sonner aux oreilles des consommateurs de l’époque, évoquant la robustesse et la force des vins, typiques des vins de Saint-Estèphe.